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LES SNIPERS page non officielle © 2004 calamiteux |
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Les Snipers, un groupe de rock de Dijon, (François, Fred P.,
Gilles et Fred B.) qui a tourné sur les scènes
de France et a enregistré une trentaine de chansons entre 1979 et
1986. DOCUMENT D'EPOQUE
Les Snipers dans Nineteen :
extrait d'un fanzine de 1983.
New Rose 83 |
Snipers |
Snapshot(s) |
| Psychotic Reaction Téléphone |
(Je t'attendrai dans le) vide-ordures
Tallahassee Lassie Chaque matin Tried To Hide - Come on La meilleure manière Elle se tait |
Le fiancé de l'institutrice |
EP live |
Bis |
Ce n'est pas moi |
| Le fiancé de l'institutrice
(Je t'attendrai dans le) vide-ordures You Call Me Gipsy You Can't Judge A Book Just By Looking At The Cover |
Toute la journée, je reste
enfermé Quand viendra l'été Je suis une petite nature (je ne suis pas un dur) Ce n'est pas moi - Rockin' Bandit Sous le soleil - A cause de moi Tu sors de ma mémoire One More Heartache Encore une fois Snipers the theme |
Ce n'est pas moi Who'll Stop The Rain |
La vie en rose |
Alligator |
Pile of Hits - Vol. II |
| Who'll Stop The Rain | Alligator Jamais la nuit Le vol du soir Que veux-tu Je t'attends |
Je t'attends |
Pour commencer, comment en vient-on à faire du rock et même
à monter un groupe, quand on sort de l'adolescence dans la France
du début des années 80 ?
Je me suis retrouvé à Dijon en 1976. Je n'y connaissais personne.
Grâce à mon grand frère et à quelques copains
de ma ville précédente (Toulon), j'écoutais du rock.
Je suis entré en fac de droit, repaire de BCBG et de post soixante-huitards.
Après quelques mois de déprime, je me suis aperçu que
dans le grand amphi de première année, il y avait quelques
têtes qui avaient l'air aussi égaré que moi. Au bout
de quelques temps on a commencé à se parler et à refaire
le monde ensemble: Olivier, Michel, Marc et surtout Lou qui était
en sciences-éco (pas son vrai nom, mais il aime tellement Lou Reed
qu'il a adopté son nom et l'a fait inscrire sur tous ses papiers officiels).
On a formé en 78 un premier petit groupe, puis un autre, et un autre,
ils duraient 3 ou 6 mois, en changeant un coup le bassiste, un coup le batteur,
sans jamais jouer en public. A un moment on s'appelait les "Straightjackets".
A Dijon, à l'époque, le seul point de rencontre des rockers,
babas, intellos, artistes et tout ce qui n'était pas bourge, c'était
"Les doigts dans la tête", une librairie alternative (sûrement
la seule de la région) située en face de la fac de lettres.
Elle avait été créée entre autres par Xavier
Douroux et Frank Gautherot, aujourd'hui à la tête du Consortium,
un des plus importants centres d'Art contemporain en France. On y rencontrait
aussi Michel Verjux, l'artiste plasticien et Jean-Luc Allexant qu'on appelait
"mamie novö" (pardonne nous, Jean Luc!) parce qu'il aimait les Residents,
Throbbing Gristle, la No-Wave new-yorkaise, Sordide sentimental et tous ces
trucs bizarres. La librairie est devenue aussi galerie d'art contemporain,
puis on m'a demandé de créer un rayon disques. C'est là
que j'ai rencontré Antoine / Tony Truant, début 79. Il m'a
dit qu'il jouait dans les "Black Spiders" et on a décidé de
faire les Snipers ensemble. On avait chacun un ampli Vox AC 30, c'est dire
si ça a été le coup de foudre ! 6 mois plus tard
on faisait nos premiers concerts, avec Marc à la batterie et Jup'
à la basse. Fin 79, on a joué au festival d'Auxonne, où
les Dogs étaient tête d'affiche. Antoine a réussi à
faire le rappel avec eux. C'était son rêve. Quelques mois plus
tard il partait à Rouen rejoindre les Gloires locales. Un peu déprimé
j'ai joué ici et là (notamment avec les Lady X) mais quand
Antoine m'a présenté en 81 des copains à lui, les Ambulances,
des vrais rockers (Fred, Fred et Gilles), je les ai rejoints tout de suite.
On a joué de plus en plus et de mieux en mieux (à mon avis)
et, avec l'accord d'Antoine qui voulait me consoler de son départ
à Rouen, on a repris le nom de Snipers qui, de l'avis unanime, sonnait
mieux. On a enregistré une maquette 4 pistes chez Lou avec 3 morceaux
dont "At the Rat" de Willie Loco Alexander.
J'ai réussi à donner une cassette à Willie Loco en personne,
qui jouait en avril 82 au Printemps de Bourges. Il a trouvé notre
bande rigolote et l'a faite écouter à Patrick Mathé
et Louis Thévenon de New Rose, à qui ça a plu. Ils nous
ont signés, on s'est retrouvés en studio en octobre 82 et voilà
comment on a pu faire trois LPs, deux singles et deux tournées (une
avec les Real Kids, une avec les Rythmeurs) entre 83 et 86. Là, ce
serait une autre histoire à raconter.
Mais bon, ça c'est la genèse vue par moi. Il faudrait demander
aux autres Snipers et à Antoine comment ils ont vécu cette
histoire ! Eux c'était plutôt des copains d'enfance, ayant
fréquenté la même école qu'Antoine (à Brochon)
et ayant fait les 400 coups ensemble depuis des années.
Quelles étaient vos sources d'inspiration ? Vous écoutiez
des groupes anglais ? américains ?
Quand j'avais 10-12 ans j'entendais mon grand frère écouter
de la soul (Otis Redding, James Brown, des " Formidable Rhythm and Blues
", une face rapide, une face slow, etc..) et du Dutronc, ce qui, contrairement
à la plupart de mes copains, m'a préservé du Rock progressif.
Je le bénis encore !
Quand j'ai commencé à acheter mes propres disques vers 73 je
voulais énerver mes parents alors j'ai commencé par acheter
Alice Cooper, Slade, Gary Glitter, etc. Puis j'ai acheté Rock'n'Roll
Animal et Fun House et ça m'a fait tomber à la renverse. Je
me suis mis à chercher tous les Lou Reed (il y en avait encore assez
peu, c'était en 76 et il en était seulement à Coney
Island Baby), les Velvet Underground et les Stooges. Raw Power était
alors introuvable mais je l'ai finalement déniché à
l'Open Market en import américain.
Je me suis mis à dévorer Rock'n'Folk, Best et tous les fanzines
que je trouvais et je passais des soirées entières à
écouter des disques avec mes potes (surtout Michel, qui plus tard
est devenu un "Catholic boy" à Paris). On montait à Paris pour
acheter des disques, à 3 ou 4 dans la Coccinelle de ma mère.
Je finançais ça en travaillant le soir après la fac
au tri postal de Dijon. On faisait des listes et on allait évidemment
à l'Open Market mais aussi dans le quartier Odéon (j'ai oublié
les noms des magasins), et aussi à Harry Cover pour acheter des tee-shirts.
J'achetais les Flamin' Groovies, Roky Erickson, Shadows of Knights, Mitch
Ryder, Love, Nuggets, tu vois le genre (il faut relire "les Coins coupés"
de Philippe Garnier, il raconte tout ça très bien), puis, à
l'Open Market, les pirates du Velvet (Evil Mothers), les premiers Saints,
les Damned ... Les Kinks et les Rolling Stones on les trouvait à Dijon.
En 1977 et 78, brutalement tout est devenu simple. Cette époque était
la nôtre : Plus besoin de chercher des disques obscurs, on pouvait
aimer et acheter les nouveautés qui sortaient : Ramones, Modern Lovers,
Television, Cramps, Fleshtones, Dictators, de Boston les Real Kids, Willie
Loco Alexander et DMZ, et aussi les anglais (mais moi j'aimais un peu moins)
: Sex pistols, Eddie and the Hot Rods, Damned, Nick Lowe (grâce à
Lou qui savait tout sur le label Stiff, le pub rock en général,
et m'a fait découvrir les Ducks de Luxe, Tyla Gang, le "Live at the
Patti", les Pink Fairies, etc.).
Dans les Snipers, Gilles, le bassiste, était fou de Creedence / Fogerty
(c'est pour ça qu'on a enregistré "Who'll stop the rain") et
de country genre Waylon Jennings et Johnny Cash (d'où "Ce n'est pas
moi").
Les deux Fred (guitare lead et batterie) étaient très éclectiques.
C'étaient de vrais musiciens, du genre "deux prises et c'est bon"
en studio, ce qui nous permettait de passer des heures à essayer de
placer péniblement les vocaux.
Fred le guitariste pouvait faire du Scotty Moore et du James Burton sans
forcer et il était génial au bottleneck (dommage, on ne l'entend
pas sur les disques). Il s'entendait donc particulièrement bien avec
Gilles et ils ont d'ailleurs continué à jouer tous les deux
dans des bars pendant plusieurs années. Peut-être qu'ils le
font encore. Je n'ai plus de nouvelles.
Fred le batteur écoutait tout, s'intéressait à tout
et absorbait tout mais n'était pas un grand fouineur et acheteur de
disques. Je ne me souviens pas qu'il ait eu une collection fabuleuse (Fred,
pardonne moi si c'est faux).
Pourquoi avoir choisi ce nom des Snipers, qui n'était d'ailleurs pas le premier que vous avez utilisé, sauf erreur ?
C'est moi qui ai trouvé ce nom en 79 et j'en suis assez fier !
J'avais trouvé ça dans les BD de guerre genre Buck Danny à
une époque où personne ne savait ce que ça voulait dire.
D'ailleurs sur au moins un tiers de nos tickets de concerts (dont le Bataclan
avec les Real Kids en 1983) et parfois sur les affiches lorsqu'elles étaient
imprimées localement, ils écrivaient "Snippers" ce qui nous
rendait furieux !
Et dans votre région plus particulièrement, est-ce qu'il
y a eu un grand mouvement rock à cette époque ou est-ce que
vous étiez assez isolés ?
En 1979, quand on a vraiment commencé à sortir de la cave et
jouer, on se croyait - ou plutôt on se voulait - seuls, géniaux
et incompris mais en fait les groupes sortaient de partout, y compris en
Bourgogne. Pendant à peu près 5 ans, ça a été
une époque vraiment intéressante où il y avait en même
temps de la rivalité, de l'émulation et de la solidarité.
Best faisait chaque mois une page "le Rock d'ici" et Rock'n'Folk avait ses
"Télégrammes" donnant des nouvelles de tous les groupes français.
Je me souviens qu'il se passait à peu près la même chose
dans de nombreuses villes comme Bordeaux (la bande à Snapshot et les
groupes commençant par "St") , Toulouse (le fanzine "Nineteen"), Lyon
(Electric Callas, Marie et les Garcons - Starshooter était devenu
national) le Havre (Little Bob - Roadrunners) ou bien sûr Rouen (faut-il
les citer?).
Les groupes de notre coin se sont mis plusieurs fois ensemble pour organiser
des festivals locaux (à Dijon, Auxonne, Besançon, Chalon sur
Saône, Clermoulin...) où tout le monde jouait. Je crois qu'on
a fait une des premières éditions des Eurockéennes de
Belfort.
Les groupes bourguignons dont je me souviens le mieux étaient les
Vinyl Junkies (de Dijon comme nous), les Dee Dee's (de Besançon),
les Moiss' Batt (d'Auxonne, éphémères mais rigolos),
of course les Tango Lüger de Beaune, menés par JL Taccard "le
Kaiser" qui a plus tard joué dans les Vietnam Veterans (avec Jup'
le premier bassiste des Snipers) et a maintenant un studio d'enregistrement,
récemment fréquenté par Antoine / Tony Truant.
Plus loin en Franche Comté, il y avait les Jungle à Ferraille
et les Infidèles, mais on ne se connaissait que par personnes interposées.
Mais bien sûr, les plus proches, c'étaient les Calamités...
On a répété ensemble, joué ensemble, on s'est
prêté nos instruments (c'est même Fred, notre batteur,
qui joue sur " je suis une calamité "), on a partagé nos accordeurs,
nos voitures et roulé ensemble en camionnette, etc.
Et à quel moment les Calamités sont-elles apparues dans
votre paysage ?
On les a rencontrées grâce à Antoine, en 81. Il était
déjà à Rouen avec les Gloires locales mais revenait
fréquemment en Bourgogne. Il connaissait les Calamités et les
a amenées à un concert des Snipers "deuxième époque"
(c'est à dire avec Gilles, les deux Fred et moi). On se connaît
maintenant depuis 22 ans...
(Un grand merci à François pour cet entretien exclusif !)