Snipers
LES SNIPERS
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Les Snipers, un groupe de rock de Dijon, (François, Fred P., Gilles et Fred B.) qui a tourné sur les scènes de France et a enregistré une trentaine de chansons entre 1979 et 1986.
Une page de l'histoire du rock français, au même chapitre que les Dogs et les Calamités, une page du catalogue du label New Rose, et surtout des chansons qu'on n'oublie pas : Je t'attendrai dans le vide-ordures, Le fiancé de l'institutrice, A cause de moi,...
J'avais promis depuis longtemps de leur consacrer cette page, complément naturel de mon site sur les Calamités, mais comme toujours il s'est passé beaucoup de temps avant que je ne me résigne à mettre en ligne cette version toujours provisoire. Merci de votre indulgence et n'hésitez pas à m'écrire pour me faire part de vos souvenirs ou de vos informations sur le groupe.

DOCUMENT D'EPOQUE
Les Snipers dans Nineteen : extrait d'un fanzine de 1983.


DISCOGRAPHIE
New Rose 83 Snipers Snapshot(s)
Psychotic Reaction
Téléphone
(Je t'attendrai dans le) vide-ordures
Tallahassee Lassie
Chaque matin
Tried To Hide - Come on
La meilleure manière
Elle se tait
Le fiancé de l'institutrice
EP live Bis Ce n'est pas moi
Le fiancé de l'institutrice
(Je t'attendrai dans le) vide-ordures
You Call Me Gipsy
You Can't Judge A Book Just By
Looking At The Cover
Toute la journée, je reste enfermé
Quand viendra l'été
Je suis une petite nature
(je ne suis pas un dur)
Ce n'est pas moi - Rockin' Bandit
Sous le soleil - A cause de moi
Tu sors de ma mémoire
One More Heartache
Encore une fois
Snipers the theme
Ce n'est pas moi
Who'll Stop The Rain
La vie en rose Alligator Pile of Hits - Vol. II
Who'll Stop The Rain Alligator
Jamais la nuit
Le vol du soir
Que veux-tu
Je t'attends
Je t'attends


INTERVIEW
25 ans après l'épopée des Snipers, François, chanteur du groupe, nous raconte son histoire :

Pour commencer, comment en vient-on à faire du rock et même à monter un groupe, quand on sort de l'adolescence dans la France du début des années 80 ?

Je me suis retrouvé à Dijon en 1976. Je n'y connaissais personne. Grâce à mon grand frère et à quelques copains de ma ville précédente (Toulon), j'écoutais du rock. Je suis entré en fac de droit, repaire de BCBG et de post soixante-huitards. Après quelques mois de déprime, je me suis aperçu que dans le grand amphi de première année, il y avait quelques têtes qui avaient l'air aussi égaré que moi. Au bout de quelques temps on a commencé à se parler et à refaire le monde ensemble: Olivier, Michel, Marc et surtout Lou qui était en sciences-éco (pas son vrai nom, mais il aime tellement Lou Reed qu'il a adopté son nom et l'a fait inscrire sur tous ses papiers officiels).
On a formé en 78 un premier petit groupe, puis un autre, et un autre, ils duraient 3 ou 6 mois, en changeant un coup le bassiste, un coup le batteur, sans jamais jouer en public. A un moment on s'appelait les "Straightjackets".

A Dijon, à l'époque, le seul point de rencontre des rockers, babas, intellos, artistes et tout ce qui n'était pas bourge, c'était "Les doigts dans la tête", une librairie alternative (sûrement la seule de la région) située en face de la fac de lettres. Elle avait été créée entre autres par Xavier Douroux et Frank Gautherot, aujourd'hui à la tête du Consortium, un des plus importants centres d'Art contemporain en France. On y rencontrait aussi Michel Verjux, l'artiste plasticien et Jean-Luc Allexant qu'on appelait "mamie novö" (pardonne nous, Jean Luc!) parce qu'il aimait les Residents, Throbbing Gristle, la No-Wave new-yorkaise, Sordide sentimental et tous ces trucs bizarres. La librairie est devenue aussi galerie d'art contemporain, puis on m'a demandé de créer un rayon disques. C'est là que j'ai rencontré Antoine / Tony Truant, début 79. Il m'a dit qu'il jouait dans les "Black Spiders" et on a décidé de faire les Snipers ensemble. On avait chacun un ampli Vox AC 30, c'est dire si ça a été le coup de foudre ! 6 mois plus tard on faisait nos premiers concerts, avec Marc à la batterie et Jup' à la basse. Fin 79, on a joué au festival d'Auxonne, où les Dogs étaient tête d'affiche. Antoine a réussi à faire le rappel avec eux. C'était son rêve. Quelques mois plus tard il partait à Rouen rejoindre les Gloires locales. Un peu déprimé j'ai joué ici et là (notamment avec les Lady X) mais quand Antoine m'a présenté en 81 des copains à lui, les Ambulances, des vrais rockers (Fred, Fred et Gilles), je les ai rejoints tout de suite. On a joué de plus en plus et de mieux en mieux (à mon avis) et, avec l'accord d'Antoine qui voulait me consoler de son départ à Rouen, on a repris le nom de Snipers qui, de l'avis unanime, sonnait mieux. On a enregistré une maquette 4 pistes chez Lou avec 3 morceaux dont "At the Rat" de Willie Loco Alexander.
J'ai réussi à donner une cassette à Willie Loco en personne, qui jouait en avril 82 au Printemps de Bourges. Il a trouvé notre bande rigolote et l'a faite écouter à Patrick Mathé et Louis Thévenon de New Rose, à qui ça a plu. Ils nous ont signés, on s'est retrouvés en studio en octobre 82 et voilà comment on a pu faire trois LPs, deux singles et deux tournées (une avec les Real Kids, une avec les Rythmeurs) entre 83 et 86. Là, ce serait une autre histoire à raconter.

Mais bon, ça c'est la genèse vue par moi. Il faudrait demander aux autres Snipers et à Antoine comment ils ont vécu cette histoire ! Eux c'était plutôt des copains d'enfance, ayant fréquenté la même école qu'Antoine (à Brochon) et ayant fait les 400 coups ensemble depuis des années.

Quelles étaient vos sources d'inspiration ? Vous écoutiez des groupes anglais ? américains ?

Quand j'avais 10-12 ans j'entendais mon grand frère écouter de la soul (Otis Redding, James Brown, des " Formidable Rhythm and Blues ", une face rapide, une face slow, etc..) et du Dutronc, ce qui, contrairement à la plupart de mes copains, m'a préservé du Rock progressif. Je le bénis encore !
Quand j'ai commencé à acheter mes propres disques vers 73 je voulais énerver mes parents alors j'ai commencé par acheter Alice Cooper, Slade, Gary Glitter, etc. Puis j'ai acheté Rock'n'Roll Animal et Fun House et ça m'a fait tomber à la renverse. Je me suis mis à chercher tous les Lou Reed (il y en avait encore assez peu, c'était en 76 et il en était seulement à Coney Island Baby), les Velvet Underground et les Stooges. Raw Power était alors introuvable mais je l'ai finalement déniché à l'Open Market en import américain.
Je me suis mis à dévorer Rock'n'Folk, Best et tous les fanzines que je trouvais et je passais des soirées entières à écouter des disques avec mes potes (surtout Michel, qui plus tard est devenu un "Catholic boy" à Paris). On montait à Paris pour acheter des disques, à 3 ou 4 dans la Coccinelle de ma mère. Je finançais ça en travaillant le soir après la fac au tri postal de Dijon. On faisait des listes et on allait évidemment à l'Open Market mais aussi dans le quartier Odéon (j'ai oublié les noms des magasins), et aussi à Harry Cover pour acheter des tee-shirts.
J'achetais les Flamin' Groovies, Roky Erickson, Shadows of Knights, Mitch Ryder, Love, Nuggets, tu vois le genre (il faut relire "les Coins coupés" de Philippe Garnier, il raconte tout ça très bien), puis, à l'Open Market, les pirates du Velvet (Evil Mothers), les premiers Saints, les Damned ... Les Kinks et les Rolling Stones on les trouvait à Dijon.
En 1977 et 78, brutalement tout est devenu simple. Cette époque était la nôtre : Plus besoin de chercher des disques obscurs, on pouvait aimer et acheter les nouveautés qui sortaient : Ramones, Modern Lovers, Television, Cramps, Fleshtones, Dictators, de Boston les Real Kids, Willie Loco Alexander et DMZ, et aussi les anglais (mais moi j'aimais un peu moins) : Sex pistols, Eddie and the Hot Rods, Damned, Nick Lowe (grâce à Lou qui savait tout sur le label Stiff, le pub rock en général, et m'a fait découvrir les Ducks de Luxe, Tyla Gang, le "Live at the Patti", les Pink Fairies, etc.).

Dans les Snipers, Gilles, le bassiste, était fou de Creedence / Fogerty (c'est pour ça qu'on a enregistré "Who'll stop the rain") et de country genre Waylon Jennings et Johnny Cash (d'où "Ce n'est pas moi").
Les deux Fred (guitare lead et batterie) étaient très éclectiques. C'étaient de vrais musiciens, du genre "deux prises et c'est bon" en studio, ce qui nous permettait de passer des heures à essayer de placer péniblement les vocaux.
Fred le guitariste pouvait faire du Scotty Moore et du James Burton sans forcer et il était génial au bottleneck (dommage, on ne l'entend pas sur les disques). Il s'entendait donc particulièrement bien avec Gilles et ils ont d'ailleurs continué à jouer tous les deux dans des bars pendant plusieurs années. Peut-être qu'ils le font encore. Je n'ai plus de nouvelles.
Fred le batteur écoutait tout, s'intéressait à tout et absorbait tout mais n'était pas un grand fouineur et acheteur de disques. Je ne me souviens pas qu'il ait eu une collection fabuleuse (Fred, pardonne moi si c'est faux).

Pourquoi avoir choisi ce nom des Snipers, qui n'était d'ailleurs pas le premier que vous avez utilisé, sauf erreur ?

C'est moi qui ai trouvé ce nom en 79 et j'en suis assez fier ! J'avais trouvé ça dans les BD de guerre genre Buck Danny à une époque où personne ne savait ce que ça voulait dire. D'ailleurs sur au moins un tiers de nos tickets de concerts (dont le Bataclan avec les Real Kids en 1983) et parfois sur les affiches lorsqu'elles étaient imprimées localement, ils écrivaient "Snippers" ce qui nous rendait furieux !

Et dans votre région plus particulièrement, est-ce qu'il y a eu un grand mouvement rock à cette époque ou est-ce que vous étiez assez isolés ?

En 1979, quand on a vraiment commencé à sortir de la cave et jouer, on se croyait - ou plutôt on se voulait - seuls, géniaux et incompris mais en fait les groupes sortaient de partout, y compris en Bourgogne. Pendant à peu près 5 ans, ça a été une époque vraiment intéressante où il y avait en même temps de la rivalité, de l'émulation et de la solidarité. Best faisait chaque mois une page "le Rock d'ici" et Rock'n'Folk avait ses "Télégrammes" donnant des nouvelles de tous les groupes français.
Je me souviens qu'il se passait à peu près la même chose dans de nombreuses villes comme Bordeaux (la bande à Snapshot et les groupes commençant par "St") , Toulouse (le fanzine "Nineteen"), Lyon (Electric Callas, Marie et les Garcons - Starshooter était devenu national) le Havre (Little Bob - Roadrunners) ou bien sûr Rouen (faut-il les citer?).
Les groupes de notre coin se sont mis plusieurs fois ensemble pour organiser des festivals locaux (à Dijon, Auxonne, Besançon, Chalon sur Saône, Clermoulin...) où tout le monde jouait. Je crois qu'on a fait une des premières éditions des Eurockéennes de Belfort.

Les groupes bourguignons dont je me souviens le mieux étaient les Vinyl Junkies (de Dijon comme nous), les Dee Dee's (de Besançon), les Moiss' Batt (d'Auxonne, éphémères mais rigolos), of course les Tango Lüger de Beaune, menés par JL Taccard "le Kaiser" qui a plus tard joué dans les Vietnam Veterans (avec Jup' le premier bassiste des Snipers) et a maintenant un studio d'enregistrement, récemment fréquenté par Antoine / Tony Truant.
Plus loin en Franche Comté, il y avait les Jungle à Ferraille et les Infidèles, mais on ne se connaissait que par personnes interposées.

Mais bien sûr, les plus proches, c'étaient les Calamités... On a répété ensemble, joué ensemble, on s'est prêté nos instruments (c'est même Fred, notre batteur, qui joue sur " je suis une calamité "), on a partagé nos accordeurs, nos voitures et roulé ensemble en camionnette, etc.

Et à quel moment les Calamités sont-elles apparues dans votre paysage ?

On les a rencontrées grâce à Antoine, en 81. Il était déjà à Rouen avec les Gloires locales mais revenait fréquemment en Bourgogne. Il connaissait les Calamités et les a amenées à un concert des Snipers "deuxième époque" (c'est à dire avec Gilles, les deux Fred et moi). On se connaît maintenant depuis 22 ans...

(Un grand merci à François pour cet entretien exclusif !)