Nineteen - octobre 1983
Calamité !!
Oh, ces filles, oh, ces filles,
Elles me rendent marteau,
Oh, ces filles, oh, ces filles,
Moi, je les aime trop.
Pour tout avouer, je ne m'attendais pas vraiment à ça. Le
peu que je connaissais des Calamités il y a encore un mois, c'était,
comme tout un chacun, leur morcif sur Snapshot's, et la très belle
photo de De La Mata livrée en prime. Et, s'il est vrai que "Je
suis une calamité" est, aisément, une des meilleures plages
de la compilation, un petit truc catchy, hooky, accrocheur en diable ; s'il
est vrai que vous vous surprenez à chantonner les paroles rigolottes
sous la douche après les avoir entendues une demi-fois ; s'il est
aussi vrai que vous avez là deux ou trois trouvailles réellement
inventives (en particulier, quand les voix s'envolent,"Même les mères
de famille"), vous admettrez avec moi qu'à force d'écoutes
répétées les faiblesses ressortent, le son plat, les
arrangements maigrelets, et surtout le côté linéaire
de la chose. Un très bon enregistrement, mais un premier enregistrement
quand même. Il y avait bien ce bon Chris Wilson qui délirait
sur le groupe ("le meilleur girl-group du moment"), mais Wilson est le genre
de lunatique sympathique qui aime tout le monde pour peu que ce tout le monde
connaisse les breaks de "Paperback writer". Pas exactement une crédibilité
ambulante.
Ceci, pour expliquer dans quel état je me suis retrouvé dans ce qui sert de local, la cave d'une villa plantée au-dessus de Beaune. En plein milieu des vignobles les plus prestigieux du monde (là, je m'avance peut-être un peu. Le pinard c'est pas tout-à-fait mon truc. So, amis lecteurs de Bordeaux, ne vous étranglez pas) : curieux, plein d'indulgence, mais sans trop d'illusions, craignant vaguement qu'elles aient utilisé leur meilleur morceau pour la compil., et prévoyant de subir une enfilade de chansonnettes plus ou moins bien ficelées. Shame on you Saint-Thomas ! Mon indulgence, je pouvais m'en faire des papillottes. Je m'attendais à un orchestre de lycée; j'ai eu droit à un groupe de rock. Un vrai ! Il faut les entendre débouler dans leurs versions des Beatles, des Who, des Nerves, des Shangri-Las (évidemment !), ou des Coasters : c'est carré, ça ronfle, ça roule. Ni graisse, ni temps mort. Juste de l'os et du punch (et beaucoup de grâce). Et leurs propres productions ne souffrent en rien de cotoyer ces reprises prestigieuses. A tel point que j'avais pris "Behind your sunglasses", leur seule compo. En anglais, pour une cover de plus.
N'allez surtout pas croire que les Calamités sont nées de la
dernière pluie, écloses après avoir vu la vidéo
de "We got the beat". Le groupe existe depuis trois ans environ, mais
les filles se connaissent en fait depuis l'école primaire; ou peu
s'en faut. Elles se sont fait les griffes sur le répertoire des Beatles
au Club Orchestre de leur lycée. Puis, le groupe a vraiment démarré
du jour où elles ont réussi à persuader Caroline à
troquer sa guitare sèche contre une grosse Fender basse. Avec Odile
et Isabelle aux guitares, l'essentiel était en place. Sept ou huit
batteurs plus tard, elles embauchent un immigré anglais de Manchester,
Mike Stephens, échoué à Beaune pour cause de négoce
de vins (on me prie de préciser que c'est pas lui sur les photos).
Une association qui, pour autant que j'en ai vue, semble efficace. Les filles
ont maintenant un support solide pour les morceaux qu'elles composent. Et
là, les choses ont pas mal changé depuis "Je suis une calamité".
Elles ont sensiblement progressé dans leur écriture, étoffé
la sauce autour et perfectionné leurs techniques instrumentales. "Toutes
les nuits", par exemple (mon favori) pourrait sortir du premier Plimsouls.
La vitesse supérieure est passée et elles bossent dur pour
enclencher bientôt l'overdrive.
On ne peut malheureusement pas en dire autant de leur attitude face au business. Les Calamités sont un peu molles du management. Sur les trente et quelque concerts qu'elles ont du faire en tout et pour tout, il doit y en avoir vingt-huit répartis sur les quelques km qui séparent Beaune de Dijon. Alors bien sûr, elles sont célèbres dans le coin. Big names in Burgundy. Même le type dans la cabine de péage sur l'autoroute les connaît. Mais le reste du monde doit vraiment les réclamer pour qu'elles se déplacent. Heureusement qu'elles ont plein d'amis. Elles ont fait une première partie des Dogs; Gilles Tandy les a rameutées pour Snapshot's et, par les Snipers, elles viennent de se faire signer par New Rose.
Les choses en sont donc là pour l'instant (fin août). Début septembre, le groupe doit entrer en studio pour les sessions d'un maxi cinq titres. Sont prévus au programme, le "Toutes les nuits" déjà cité, "Nicolas", "Supermarché", une autre compo et une reprise ("How to shimmy ?" "Surfin' safari" ou "With a boy like you" - des Troggs bien sûr). Un disque don't on est en droit d'attendre beaucoup. Et qui pourrait révéler davantage encore; si elles ne se font pas piéger par la technique. Je crois qu'on n'a pas fini d'entendre parler, d'Odile, Isabelle et Caroline (et de Mike, et de Marcelle, leur fidèle manager). Et dire que je ne les ai pas encore vues en concert !
Benoît
Nineteen - mars 1984
Calamités : A bride abattue (New Rose)
"Je n'ai plus qu'à prendre mes jambes à mon
cou et filer là-bas où l'on vend de tout". Mais où
ça ? Au supermarché évidemment, le remède
contre le stress que préconisent les Calamités. Moi contre
le stress je conseillerai carrément ce disque.
On avait déjà entendu un échantillon
du talent des Calamités sur la compilation Snapshot(s), cette
fois-ci c'est un mini LP 9 titres (presque un album) qu'elles nous balancent
avec brio. Les Calamités savent écrire des chansons et
trouver des mélodies accrocheuses. Depuis deux jours je chantonne
"Behind Your Sunglasses". Un bon groupe pop, pensez-vous... sûrement,
mais sans les arrangements mièvres et contournés. Parce que
les Calamités ont une rythmique des plus efficaces avec une batterie
qui mitraille; et côté reprises, le groupe est plutôt
intrépide. A preuve leur version de "The Kids Are Alright" à
décorner un mod. Au détour des morceaux ("Toutes les nuits",
"Supermarché") Odile décroche des solos plein d'invention,
légers, toniques comme un gin-fizz. Quoi vous avez dit fuzz ? Oui,
c'est ça j'ai dit fuzz, comme celui qui ponctue "A Boy Like You",
une version ébouriffante du morceau des Troggs. Leurs textes sont
plein d'humour et souvent extravagants comme cette histoire de somnambule
qui marche sur les toits ou de gourde incorrigible ("Malhabile"). Les
Calamités s'y entendent pour faire de beaux vocaux pleins de tierces
et de oh ! oh ! aériens façon girl groups des 60's (difficile
d'éviter plus longtemps la comparaison).
Décidément les bienveillants qui avaient déjà
fourbi leurs "pas mal pour des filles" peuvent rengainer leur indulgence,
ici elle ne servira à rien. Les Calamités ont le mordant
d'un groupe de rock & roll et elles ont fait là un disque
stimulant et direct. On n'en attendait pas moins d'un des premiers
girl groups français à enregistrer un album, même
mini.
M.S.
Bruits Graffitis - mai 1984
Les Calamités "A bride abattue" - New Rose
Tout a commencé l'année dernière avec
la création du petit label bordelais "Snapshot". Cette nouvelle
écurie de ce que certains appellent péjorativement le "rock
régional" débutait sa carrière en sortant une compilation
produite et surpervisée par Chris Wilson (ex Flamin' Groovies,
actuel Barracudas). Cette fameuse compilation regroupait des groupes ayant
déjà fait leurs preuves comme les Stilettos, Gamine, les
coronados (seule formation parisienne du disque) ou Kick (ex Strychnine),
et des petites formations totalement et injustement inconnues comme les
maintenant fameuses Calamités. Les Calamités avaient des
arguments pour séduire d'abord parce qu'elles jouaient du Rock'n'Roll
dans la pure tradition des Troggs ou des Real Kids et aussi et surtout parce
que le groupe était composé de trois filles !??? Oui, oui,
vous avez bien compris, je ne suis pas fin saoul, c'est bien un groupe
féminin dont il est question car ces trois rock'n'rolleuses ne se
sont pas limitées à leur extraordinaire morceau "Je suis
une calamité" de la compilation Snapshot(s) mais ont continué
leurs exactions sur un 33 tours sorti chez New Rose (on peut saluer au passage
le label parisien sans lequel nous n'aurions jamais pu avoir cette précieuse
pépite). Le rock des Calamités est enlevé, sémillant,
frais, sautillant et apporte un peu de soleil et defraîcheur dans
cette masse froide et pseudo Rock'n'Rollienne de la majeure partie des
dernières parutions. De quoi renouer avec le rock féminin
qui m'avait jusqu'à présent laissé bien sceptique. Les
Calamités (et je pèse mes mots) est le meilleur girl group
au monde - n'en déplaise aux fans de Girlschool - et j'irai même
plus loin en disant qu'elles sont capables de faire la pige à bien
des groupes masculins. Les Calamités sont une affaire à suivre,
et à suivre de très près. En attendant, vous pouvez
toujours vous jeter à brides abattues sur leur premier 33 tours.
Zermati "Calamité" Kid
Funny Girls ! - Les Calamités
Odile, Caroline, Isabelle, (+ Mike, le batteur)... Voici
les CALAMITÉS.
Elles ont déjà un tube à leur actif :
"Toutes les nuits" (vous savez, l'histoire de cette malheureuse jeune
fille qui doit courir toutes les nuits sur les toits, à la recherche
de son somnambule de fiancé !). Les Calamités ont
de l'humour et du charme, elles ont vraiment tout pour plaire. Elles
vivent à Beaune
(Côte d'Or) et notre reporter Rick Bertrand s'est fait un plaisir
de les interviewer...
En 83, il y eut d'abord "Je suis une calamité", chansonnette rigolote sortie sur la compilation SNAPSHOT... Puis, début 84, vint le premier album, "A bride abattue", et là, tout le monde a craqué à l'écoute de leurs chansons magiques : "Malhabile", "Nicolas", "Behind your sunglasses", et le méga-tube "Toutes les nuits"... Voix délicieuses, fraicheur, humour, fun, magie... Ces Calamités-là étaient le groupe de rock'n'roll dont nous avions besoin en cette morose année 84...
- Mesdemoiselles, commençons par le début.
Comment en êtes-vous venues à monter un groupe féminin
et à jouer du rock'n'roll ?
Calamités : - Ça fait très longtemps
qu'on se connait (depuis la petite école). Un jour, on est tombées
raides folles des Beatles. On a écouté que ça
comme musique pendant 3 ans et on a essayé de faire pareil,
mais c'était vraiment juste pour s'amuser...
- Vous vivez dans une région réputée
pour ses vins (Beaune). Est-ce que cela influe sur votre musique ?
C. : - Sûrement, vu que notre local est
dans un sous-sol, à côté de la cave. A l'époque
des vendanges, on est beurrées du matin au soir, à cause
des vapeurs d'alcool qui s'échappent des cuves et viennent nous
chatouiller les narines pendant qu'on répète...
- Comment avez-vous fait pour dénicher un batteur
anglais à Beaune?
C. : - Mike vend du vin à Beaune. On avait
des amis communs et comme on cherchait un batteur, ils nous ont présentés...
- Est-ce que ce n'est pas un peu dur pour lui d'avoir
à supporter trois Françaises, qui plus est trois calamités ???!!!
C. : - Ce chien d'Anglais n'est pas là
pour répondre. Les absents ont toujours tort. Il va nous entendre..!
- Vous vous êtes faites connaitre grâce à
la compil. SNAPSHOT de
Bordeaux. Etiez-vous satisfaites de cette première expérience
avec Chris Wilson et Robin Wills comme producteurs ?
C. : - On est très contentes d'avoir passé
une semaine au soleil en compagnie de gens charmants. Il y avait en plus
un flipper, un baby foot et un ping pong pour nous distraire quand
on était fatiguées de gratter nos petites guitares...
Sans rire, c'est grâce à cette compilation qu'on a été
signées chez NEW ROSE, on ne peut être que satisfaites...
- Alors, pourquoi avoir choisi Lionel Herrmani pour
produire votre premier album ?
C. : - Nous avons choisi Lionel comme producteur
parce que c'est le seul en France qui soit capable de produire des
groupes de rock. Nous sommes entièrement satisfaites du résultat,
nous avons le son que nous voulions et tout s'est très bien
passé...
- "A bride abattue" est distribué aux Etats-Unis.
Comment en êtes-vous arrivées là ?
C. : - New Rose a présenté ses
nouveaux produits au MIDEM 84 et un allumé a craqué
pour les Calamités. Nous allons sortir sur "Vodka Label", qui
dépend de Poschboy Records...
- Sur ce premier album, vous reprenez des morceaux
des WHO, COASTERS, etc... Comment choisissez-vous vos reprises ?
C. : - Il y a plusieurs critères qui entrent
en jeu :
· il faut que ça ne soit pas trop connu, ni
trop récent...
· Qu'il y ait plein de voix...
· Que ça ne soit pas trop compliqué
pour la musique...
· Que ça nous plaise, évidemment !...
- Quels sont vos goûts musicaux, vos disques
favoris du moment ?
C. : - Plimsouls "Everywhere at once", Dogs "Legendary
lovers", Snipers "Bis", Barracudas "Endeavour to preserve", Michael
Jackson "Thriller", Eric Tandy "E.T. EP"...
- Passons aux paroles de vos chansons : "Toutes les nuits" : est-ce une histoire
vécue ?!!
C. : - En effet, il a fallu accrocher des fils
aux pieds de nos fiancés et installer des grillages aux fenêtres !
- "Malhabile" : un
auto-portrait ?!!..
C. : - Oui, c'est l'auto-portrait de notre managerette,
Marcelle, qui en a écrit les paroles...
- Vous avez joué au dernier Printemps de Bourges.
Comment s'est passé ce concert ?
C. : - Pour nous, c'était notre premier
concert vraiment important. Ça s'est finalement bien passé
malgré l'angoisse du début due au fait que nous n'avons
eu que 5 minutes de balance ! Le public était bien...
- Quelles sont les choses que vous détestez
le plus ?
Odile : - accorder sa guitare...
Caroline : - les concombres...
Isabelle : - les petites parts de tarte...
- Celles que vous aimez le plus ?
Odile : - les fleurs...
Caroline : - la mer...
Isabelle : - les tartes au citron...
- Votre musique reflète-t-elle vos véritables
personnalités : humour, fun, charme ?
C. : - En réalité, on est chiantes,
tristes, et moches, mais, chut, il ne faut pas le dire !...
- Qu'est-ce que le FUN pour vous ?
C. : - Le fun ?... Guy
Montagné, De Funès, Bourvil, Benny Hill, Woody Allen,
"Les Arpents
Verts", Danielle Gilbert, Brock et Schnock !!!...
Interview : Rick Bertrand
Télérama - 20 juin 1984
Trois filles en jupes longues et queue de cheval, le style de celles avec qui on tentait de flirter dans les surprise-parties des années soixante. Le seul garçon du groupe, batteur et britannique, a lui le genre de ceux qui réussissaient l'entreprise ci-dessus décrite. Un groupe quasi-féminin donc, aux vocaux acides et naïfs. Un peu comme des Shangri Las bourguignonnes, puisqu'elles viennent de Dijon. Rock coquin, twist à gaine, et même reprise du With a girl like you des Troggs, adaptée au sexe des interprètes.
Philippe Barbot
2 GROUPES ROCK FEMININ POUR LE PREMIER CONCERT DE 85
Les Calamités, ce sont trois filles de la région
de Beaune et un garçon d'origine anglaise, qui sont en train
de casser la baraque dans le rock français. En effet, les Calamités
jouent un rock efficace, leurs paroles sont de véritables petits
chefs-d'œuvre d'humour, avec des histoires de garçons et
de guitares, le tout emmené par une musique et des voix rappelant
les années soixante, mais avec toute l'énergie du rock des
années quatre-vingt.
Les Calamités ont déjà sorti un album
et un maxi 45 t. L'album, A bride abattue, est devenu le must
de l'année 84 (on y entend le grand Dominique des Dogs souffler
dans l'harmonica). Le maxi, sorti au début de l'année,
avec un titre comme Pas la peine a été accueilli
avec des éloges par la presse spécialisée. Pas de doute,
elles sont en train de sauver la face du rock français. Bravo les
Calamités !
La première partie sera assurée par le groupe
toulousain : les Queen Bees, le meilleur "girl group" du Sud-Ouest.
La Dépêche du Midi - avril 1985
OH ! LES FILLES...
Quand le rock'n'roll est descendu sur terre, telle
une manne céleste, personne ne s'est vraiment posé la
question. Il semblait relativement évident, en ces temps primitifs,
que seuls les mâles fiers et arrogants, sentant souvent des pieds
qui plus est, pouvaient trouver rigolo de brailler dans des boîtes
à larsen, de triturer des cordes habituellement électriques
et de frapper sauvagement sur des barils de lessive évidés...
ceci sous prétexte de communiquer à d'autres excités,
et éventuellement à quelques groupies pâmée,
leurs déboires avec Œdipe et leur mal de vivre chronique. Ainsi,
sur la fameuse route du rock et dans la plus grande tradition déiste,
les mâles artistes se sont évertués à tenir
éloignées de tout ce qui pouvait ressembler à un
instrument leurs douces compagnes. Le rock se devait de rester une affaire
de poilus, exhibant leur trouble virilité (un peu ambiguë,
parfois, il est vrai), leurs mauvaises manières et leur paillardise,
sans parler de l'haleine. Ceci dit, "ZZ Top" est un grand groupe,
Mais on sait ce qu'il advint. Les mâles retombèrent dans leurs
travers chromosomiques. Ils louchèrent vers le dollar verdâtre
et s'endormirent dans la facilité pour ne plus produire que de la
soupe douceâtre ou rabacher les sempiternels plans glorieux. Merci
bien garçons : z'avez tout faux ! On pouvait donc penser, comme
le foyer des jeunes de Livinhac-le-Haut, que le sang neuf du rock devait
couler quelque part dans les veines des jeunes filles (les mâles n'étant
jamais que des femelles ratées). D'où l'idée de faire
acte de régénérescence en présentant de la musique
(presque) exclusivement de filles avec les déjà célèbres
"Calamités" pour tête d'affiche. Histoire de voir ce qu'elles
avaient de neuf à proposer ! Les trois de Beaune se sont quelque
peu enfermées devant un public d'inconditionnels de Livinhac, pas
macho pour un sou... Certes, elles ne jouent pas sur les formes de leur
postérieur ni sur une quelconque image de poupées fragiles
mais gentillettes. Elles ont une présence
fraîche comme du coca-cola (moins les bulles), une tonicité
qui ne se prend pas au sérieux, mais un sens de l'humour qui dérape
(que peut faire une pieuvre avec une cornemuse?), un répertoire
trop plat... Faire du rock sans un seul solo tient de la gageure. La
formule demande à être revue, travaillée...
Nineteen - mai 1985
Lachez les chiens : Les 3 filles du Dr Rock
Quand se profile l'ombre d'une interview le batteur des Calamités
se défile. Oenologue (ou quelque chose d'approchant) et anglais de
surcroît, il préfère apparemment parler de vin que de
rock. Les trois filles par contre ne se laissent pas prier et les interviewer
est un exercice plutôt étourdissant. A peine a-t-on le temps
de formuler la première question qu'elles démarrent toutes
les trois en même temps; et sans se couper s'il vous plaît. En
chœur ! Une à la fondamentale, une à la tierce et la troisième
au contre-chant, c'est leur spécialité. Je vous livre donc
des réponses qu'on peut considérer comme collectives. [...]
Nineteen : Devant le succès que vous rencontrez, avez-vous
pensé à la manière dont vous voulez mener votre carrière ?
Les Calamités : On ne prévoit pas ce qui va
se passer, donc on n'a aucune stratégie particulière. On attend
que ça tombe et on choisit le meilleur. On a de la chance, on ne fait
rien et tout nous arrive. Maintenant qu'on a fait des disques c'est l'expérience
qui nous fera dire : "On va faire ci ou on va faire ça".
19 : Vous êtes décidées à tenir les
rênes un peu plus solidement ?
Les C. : Oui. Pour le disque par exemple, on a déjà
des idées plus précises. Malgré tout, on ne peut pas
avoir de stratégie précise parce que le rock n'est pas notre
activité principale. On est étudiantes. Si on faisait ça
tout le temps on aurait sûrement une autre manière de voir les
choses mais là, on prend ce qui tombe et on veut que ça reste
comme ça : un loisir qu'on a en week-end pour s'amuser. C'est
pas notre métier, on veut pas se forcer à le faire.
Ça, je crois que les gens qui s'occupent de la promo des Calamités
s'en sont rendu compte. Alors que la plupart des groupes de l'hexagone tirent
la langue pour décrocher quelques dates, elles, se font prier, ne
sont jamais libres. Les tourneurs s'arrachent les cheveux, leur label se
ronge les ongles, et les Calamités sont aussi sereines qu'un étang
à potron-minet.
Les C. : On est pas comme ces mecs qui ont toujours des tas
de compos, qui sont malades si ils n'ont pas leur guitare pendant une journée,
on joue pas et voilà. On pratique le rock en amateur.
19 : Puisque vous tenez à rester amateur, vous êtes
dans la situation idéale pour ne pas faire de concessions; la balle
est dans votre camp.
Les C. : Oui, c'est pour ça que, pour le prochain disque,
on fera vraiment ce qu'on voudra. On s'est laissé un peu mener par
le bout du nez. Peut-être parce qu'on est des filles. C'est pas aux
Saints qu'on dirait : "Tu vas pas mettre ce vieux fute dégueulasse,
met un costard", tandis qu'à nous on nous dit : "Souris à
la télé, coiffe-toi mieux que ça". [...]
Monique SABATIER
Rock et Pop en Stock : Les Calamités
Le groupe de filles n'est vraiment pas une tradition française ! Jugez plutôt. Les sixties nous ont apporté: les Gam's, les OP'4, les Emeraudes, les Petites Souris, et les eighties : les Calamités, les Sucettes, Johnny Bigoudi et les Daisy Duck. De plus il faut bien avouer que pas une seule de ces formations n'a connu de gros succès (exceptées les Gam's). Il n'y a que les Calamités qui ont un tant soit peu obtenu les honneurs des médias au milieu des années 80. Il faut encore préciser que les Calamités sont un girl-band (elles jouent de leurs instruments tout en chantant) et non pas un girl-group (qui se contente de chanter), comme beaucoup les ont cataloguées. Qu'en est-il aujourd'hui des groupes de filles qui rockent ? Il semble qu'aucun girl-band/girl-group ne soit aujourd'hui en activité. Le rock français serait-il sexiste ?
Les Calamités sont natives de Beaune (à côté
de Dijon) et elles se sont connues au lycée. Isabelle Petit, Odile
Repolt et Caroline Augier ont depuis leur plus tendre enfance envie
de jouer dans un groupe. Et lorsqu'elles ont décidé de
franchir le pas elles se sont réparties les instruments : Isabelle
(guitare, chant), Odile (guitare, chant) et Caroline (basse chant), mais
il manque un batteur, l'instrument masculin du combo ! La petite
histoire raconte que telles des Barbes Bleues féminines elles
ont essayé sept batteurs (que leur est-il arrivé ?)
avant de se décider pour Mike Stephens, immigré anglais
de Manchester. Les Calamités au complet commencent à se
produire en concert au cours de l'année 1982. Dès le
début, c'est l'enthousiasme général. Charmantes,
elles séduisent le public venu les écouter en leur assénant
du vrai rock'n'roll. « Je Suis Une Calamité »,
leur premier morceau enregistré, sort sur la compilation « Snap
Shot(s) » (SS 33011 ) en avril 1983. Les paroles sont animées
du même second degré que celles de Jacques Lanzmann pour
Jacques Dutronc dans les sixties : « Les mauvais
garçons et les princes de la rue/ Quand ils me croisent me saluent/
Les commerçants ferment boutique/ Et les touristes sont pris
de panique/ Est-ce le son de mes boots sur le pavé/ Ou ma façon
de me déhancher ?/ Même les mères de famille
rappellent leurs gosses et leur mari/ Car je suis une calamité/ Un baton de dynamite allumé/
Amis un peu de délicatesse/ Ou alors en quatrième vitesse/
Vous n'aurez plus comme seul devoir/ Que d'égouter comme une
passoire. »
Ce premier titre produit par Chris Wilson (ex-Flamin Groovies,
Barracudas) et Robin Wills (ex-Barracudas) est indispensable à
tous les fans du groupe. C'est un peu leur carte de visite ! En
réponse à cette ode, en novembre 1984, les Sucettes (de Dijon)
enregistrent « Je Sais Aimer » sur la compilation
« Romances 85 » (Romance 28005). Le morceau est anodin
mais le refrain est digne de la grande tradition de la guerre des groupes :
« Je sais aimer, m'enivrer/
Je n'suis pas une Calamité/ Je n'trompe pas mon p'tit ami/ Je ne
change pas tous les jours de lit. »
A ma connaissance, les déclarations d'amour entre
les deux formations se seraient arrêtées là.
En septembre 1983, les Calamités préparent
leur premier album pour New Rose, en répétant assidûment
dans leur cave de Beaune. Lors d'un concert au Polar Club de Dijon, le
28 octobre 1983, elles jouent quelques-uns de leurs nouveaux titres :
« Nicolas », « Toutes Les Nuits »
et « Boy From New York City », tous très
prometteurs. Le LP « A Bride Abattue » (New Rose
NEW 26), produit par Lionel Herrmani (ex-mentor de Mélodies Massacre
à Rouen), paraît en mars 1984. « Toutes Les
Nuits » ouvre les hostilités et c'est l'un des meilleurs
morceaux des Calamités, conjuguant humour et rythme sur un tempo
rapide. Il est suivi de « The Kids Are Alright »
des Who, interprété en anglais. « Le Supermarché »
est du même jus que « Toutes Les Nuits » !
Sur « Behind Your Sunglasses » (une composition
des Calamités en anglais) on peut entendre l'harmonica de Dominique
Laboubée des Dogs. « You Can't Sit Down »
est une reprise du Philip Upchurch Combo. « Malhabile »
est la troisième perle de ce disque aux paroles si savoureuses:
« Peut-on être aussi malbabile/ Lorsque je monte
en automobile/ Ma vie ne tient plus qu'à un fil/ Et les passants
vivent des moments difficiles/ Lorsque je dois vraiment repasser/ Tous
mes habits sont à remplacer/ Si je touche à l'électricité/
Tout le quartier est plongé dans l'obscurité. »
« With A Boy Like You » des Troggs est un détournement
(de paroles !) plutôt réussi. « Nicolas »
est un peu moins convaincant, à mon avis, que les trois autres
originaux. La reprise de « Teach Me How To Shimmy »
de Jerry Leiber et Mike Stoller clôture le disque. Cet album connaît
un tel succès qu'un simple en est extrait en avril 1984, couplant
« Toutes Les Nuits » à « Behind
Your Sunglasses », et qu'il paraît aux Etats-Unis,
avec la même pochette, sous le nom de The Calamities (Posh Boy
PBS 148). En septembre 1984, les Calamités sont invitées
à vocaliser sur le morceau des Dogs « Down At Lulu's »
qui paraît en face B du 45 tours « Mon Cœur Bat Encore »
(Epic EPC A4733) le mois d'après.
En janvier 1985, le nouveau 45 tours des Calamités
est dans les bacs. Il s'agit d'un maxi 4 titres avec « Pas
La Peine » « Boy From New York City »,
« C'Est Embêtant » et « Le Garçon
De New York » (New Rose NEW 47).
Il contient donc deux originaux : « Pas La
Peine » et « C'Est Embêtant », plus
la reprise chantée en français et en anglais de « Boy
From New York City » / « Le Garçon De New
York », dont l'original est des Ad Libs, un combo américain
de Newark qui a cartonné avec en août 1965. Le 23 mars 1986,
les Calamités passent au Printemps de Bourges en première
partie des Stunners.
Puis le groupe semble être dissous jusqu'en octobre
1987, mois où enfin un nouveau simple des Calamités tourne
à nouveau sur les platines. Ce disque propose « Vélomoteur »
et « J'En Ferais Bien Mon Quatre-Heure » (Polydor
887 253-7), avec Daniel Chenevez de Niagara comme producteur. Première
surprise, sur la pochette signée Pierre et Gilles, les Calamités
ne sont plus que deux, Isabelle Petit et Odile Repolt, Caroline Augier
ayant raccroché. De plus elles ont quitté l'indépendant
New Rose pour une major, Polydor. Ce disque, réalisé dans
un esprit plus variété que rock, déçoit
un certain nombre de fans de la première heure qui appréciait
les références au rythme binaire le plus brut. La face
A, « Vélomoteur », est un ancien titre des
Calamités, tandis que la face B, « J'En Ferais Bien
Mon Quatre-Heure », jouée en acoustique, est une nouvelle
composition. Ce simple leur permet d'obtenir un bon succès en
radio et en télé, en se vendant plus que les précédents,
mais pas assez cependant pour qu'il y ait une suite. Et depuis, les
trois Calamités (qui se soucie du batteur ?) n'ont plus
donné signe de vie sur disque. Seule Odile Repolt, exilée
en Belgique, joue encore de temps à autres, notamment avec Christine Lidon (ex-Bandits),
mais ces mini-concerts restent pour l'instant des plus intimistes. A
quand un disque en duo de ces deux c'rockeuses ?
Christian Eudeline
Nostalgia / Virgin - juin 1997
Les Calamités, C'est complet, Last Call/ Sony
Mélodies simplissimes et accrocheuses reposant
facilement sur trois accords, textes dans la tradition yéyé,
en beaucoup plus espiègle et futé, les Calamités
étaient un trio de filles qui sévissait au cours des années
80.
Elles firent peu de disques, mais beaucoup de concerts, de
fans et un tube, "Toutes les nuits", qui n'a pas pris une ride. Le
reste avive la nostalgie des chansons drôles et faciles à
reprendre, des perfectos et du rock français direct, speed comme
un concert de Bijou et marrant comme une vanne de Francis Zéguth.