- Est-ce que tu te souviens de la première fois que tu as entendu parler des Calamités ?
- C'était avec la compilation Snapshot(s). Je pense que les "gros" tirages comme Rock&Folk et Best en ont parlé un peu. Mais elles faisaient surtout partie de la sélection "Les chiens sont lâchés" des meilleurs jeunes groupes garages français du fanzine toulousain Nineteen, au milieu de groupes comme Gamine, Fixed Up, etc etc... Ils donnaient de leurs nouvelles à chaque numéro : disques, concerts...
- Qu'est-ce que tu écoutais comme musique à cette époque ?
- Le public initial des Calamités (et moi aussi) se recrutait dans l'école "garage" qui cartonnait - tout est relatif - entre 82 et 86, avec les Dogs en tête d'affiche française, et les Cramps, les Fleshtones, Gun Club... De manière plus générale il y avait aussi tout le public du label "New Rose", qui ramenait aussi le public plus large de la new wave (assez ciblé tout de même) qui ne crachait pas sur Dutronc et donc tout à fait normalement sur les Calamités. Daniel Chenevez de Niagara, leur futur producteur de "Vélomoteur", était assez représentatif de cette dernière tendance.
- Comment en es-tu arrivé à organiser un double concert avec Les Calamités ?
- Comme elles ne tournaient presque jamais, pour les voir, une seule solution "Do it Yourself!" : les faire venir moi-même en concert. Il parait que c'est comme ça que Daho a rencontré les Stinky Toys (futurs Elli et Jacno) dont il était fan. On en a profité pour tenter de réconcilier le public "rock" des Calamités avec les "new wave" pour qui on a fait venir les "Fils de Joie" (Toulousains un peu style Indochine, mais qui reprenaient les Ramones et Johnny Thunders). Le tout avec moult distributions de tracts sur Paris, et l'inusable label "Nuit du Rock" pour attirer les étudiants...
Ça a si bien marché que le concert était sold-out assez tôt, on a du changer de salle pour avoir plus de place, puis on a programmé un deuxième gig le même soir, et la moitié des places du second concert se sont écoulées le jour même à la Fnac...
- Venons-en à l'essentiel : elles étaient comment "en vrai" ?
- Ben, elles étaient ... "vraies". D'abord, elles étaient quatre (en plus de Mike, lui aussi très authentique). Leur manager, Marcelle, était indissociable du groupe. Ensuite, leur gaîté naturelle, ajoutée à leur accent chantant, en faisaient forcément la coqueluche des étudiants et des rockers.
S'il fallait en ressortir deux du lot : les plus bavardes, Odile et Marcelle. On les qualifiera de "RP" du groupe.
- Tu te souviens des réactions des gens à l'époque ? dans le milieu rock et ailleurs ?
- Le public les adorait, les groupes "garage" dont elles étaient copines aussi. Les autres faisaient quelquefois le coup du mépris, on entendait de temps en temps des réflexions du genre : "elles chantent faux sur scène", "elles ne sont pas professionnelles" qui pouvaient se comprendre devant l'ascension irrésistible de la cote des donzelles dans le cur du public. Mais elles savaient assez vite retourner grâce à leur gentillesse ceux qu'elles rencontraient.
Le showbiz ne les sentait pas bien par contre, un tourneur m'avait même recommandé de faire venir les Forbans à la place des Calamités...
- Où rangerais-tu Les Calamités dans ton immense collection de disques et dans l'histoire du rock par la même occasion ?
- J'ai des grandes étagères, mais mon cur n'est pas si gros : elles y ont clairement leur place au chaud. Pour moi, il y a aussi La Souris Déglinguée, et tous les autres loin derrière ces deux-là... C'est très personnel bien sûr.
Pour le look et le chant, je dirais forcément les Shangri-Las. Pour le son, euh, les Who (rires...), non disons simplement les Troggs. Mais ces deux groupes ont eu en leur temps des grosses sonos et ont pas mal répété, ce qui n'a jamais été vraiment le cas (euphémisme) des Calamités.
En France, elles sont à part en tant que groupe de filles, mais elles étaient liées à plus d'un titre avec les Snipers et les Dogs. Un peu plus tard les Lolitas (filles) et les Soucoupes Violentes (garçons en majorité) ont enrichi le répertoire de ce qu'on pourrait qualifier de "la scène garage française des années 80".
Cette scène a contribué par le côté "no show-biz" à préparer le public à des groupes comme La Mano Negra, voire Bérurier Noir. Mais si ces groupes sages et assez propres sur eux étaient "punk", c'étaient plus au sens des années 60 (Music Machine, Sonics, Question Mark, Remains) que des Sex Pistols.
- Tu as fourni la plus grande partie des documents inédits figurant sur ce site : tu l'as fait en pensant aux anciens de cette époque ou aux jeunes qui ne l'ont pas connue ?
- Tout simplement parce que sinon ça serait resté dans des tiroirs, et comme dirait un autre Bourguignon célèbre : "Faut pas gâcher !"
- Est-ce que tu crois que l'heure de la réhabilitation des Calamités a sonné ou bien que c'est moi qui suis monomaniaque ?
- Pour les réhabiliter, il faudrait les avoir brûlées... Je pense que ton site, qui est un trésor de précision, est complémentaire des rééditions sur CD, comme en leur temps (années 70) les articles de Yves Adrien, les fanzines de Lizzy Mercier Descloux l'étaient de l'Open Market de Zermati, ou des compils Nuggets.
Ensuite, savoir si ça inspirera une nouvelle vague... Franchement je n'y crois pas vraiment. Mais pourquoi pas. On se souviendra en tous cas de l'amour immodéré de Johnny Thunders en 77 pour les Shangri-Las et les Shirelles...
Mais si on veut faire le parallèle, le temps presse...
- Et à tous ceux qui viennent sur ce site chaque jour plus nombreux, qu'est-ce que tu voudrais leur dire ?
- "Do it yourself !" Surtout les filles, arrêtez de jouer les copines de surfers, et ne vous laissez pas impressionner par les solos des gratteux et la technique des D.J. On dit du mal des politiciens, mais il serait temps que la parité s'applique aussi au rock...