Cécile, la chanteuse et organiste du groupe Curlee Wurlee qui a repris Je suis une calamité sur son album "She's A Pest", faisait partie des Boonaraaas quand elles ont repris Toutes les nuits.
C'est donc la championne du monde des reprises sur disque des Calamités qui nous explique ici son parcours.
-Curlee Wurlee, pourriez-vous vous présenter en quelques mots (pour ceux qui auraient la flemme de cliquer sur le lien menant à votre site) ?
Curlee signifie « contre » et Wurlee « paresse » en allemand ancien. Curlee Wurlee est une association humanitaire contre la paresse, la flemme et la nonchalance. Par extension, Curlee Wurlee signifie « Action! ». Installée dans la chic capitale de la Westphalie-Nordrhein - Düsseldorf -, l'association est sponsorisée par les moyennes et grandes entreprises de la Ruhr. Quatre membres la dirigent, en commençant par Frauke qui en est la chef et responsable de la gestion et comptabilité. Ensuite, Michael gère les relations humaines et Armin organise les boissons lors des meetings. Quant à moi, mon rôle n'est pas - que je sache - réellement défini. Je crois à vrai dire qu'ils m'utilisent comme mascotte.
- Pour découvrir votre musique, je ne saurais trop recommander d'acheter votre album les yeux fermés. Mais pour les sceptiques invétérés, pourriez-vous expliquer ce qu'est ce Frenglish sound ?
Comme Les Calamités qui chantaient jadis en franglais, Curlee Wurlee, plus international géographiquement, chante en Frenglish. Le Frenglish est interprété soit dans un français quelque peu bubble-gum, soit dans un anglais approximatif pimenté d'un audacieux petit accent français, donc compréhensible essentiellement des francophones. Il s'agit d'un son percutant, rythmé d'une basse décidée, de guitares agressives, d'une batterie endiablée et d'un orgue sauvageon. C'est un mélange de Garage Punk, 60's Beat et 79 Power Pop. Certains l'appellent « Sexy Frenglish SHE-Sound ».
- Et le répertoire des Calamités, ça vous est venu comment?
Après quelques temps passés à l'étranger, j'ai commencé à avoir la nostalgie des rares petits groupes français qui ne s'étaient pas laissés entraîner par la vague fun-punk ou french-pop-goes-varièt', et ai ressorti mes singles et cassettes.
Il y a environ six ans, mes anciennes copines des Boonaraaas et moi-même décidons de fonder un groupe de filles, enregistrons une démo qui devait nous permettre de nous procurer quelques concerts mais Anouschka de Thunderbaby Records, mécène incontestée des rockgirls-bands, est sous le charme et sort le premier EP des Boonaraaas sur lequel paraîtra "Toutes les nuits". Je me passerai d'ailleurs de commentaires sur cette version... Néanmoins, il était clair que j'étais prise dans l'engrenage. J'allais reprendre un morceau des Calamités avec chacun de mes groupes.
- Comment choisit-on de faire une reprise de "Je suis une calamité" ?
J'écoutais les Calamités étant petite chez mon voisin dont j'étais amoureuse et ai même eu le droit d'aller les voir au Rex Club, club parisien alors incontournable. Ces trois filles m'ont sidérée car elles jouaient le style de musique qui me fascinait déjà, faisaient de très jolis churs et avaient l'air adorables. Ici, les gens les aiment car elles chantent en français. Mais cela ne m'impressionnait pas du tout puisqu'en France, tout le monde chante en français... Ce qui me plaisait, c'était par exemple le fait qu'elles reprennent "The Kids are Alright" alors que j'étais alors en pleine « Quadrophenite » aiguë. J'adorais donc les Calamités, ai même en vidéo le grandiose clip de "Toutes les nuits" ainsi qu'un extrait je crois de "Pas la peine", enregistré dans l'horrible émission "Coco Boy"...
Pour en revenir à "Je suis une calamité" (ne jamais demander à une Française d'être concise!), je suis passée il y a deux ou trois ans à la librairie Parallèles au Châtelet, me promettant d'y trouver enfin "A bride abattue", le mini LP "F.I.N.I." des Rythmeurs ainsi que le "bis" des Snipers alors que ceux-ci étaient depuis longtemps introuvables. J'en suis ressortie avec les Rythmeurs, les Snipers et la compilation "Snapshot(s)" que j'écoutais jadis chez mon voisin, produite à l'époque par Robin Wills des Barracudas et sur laquelle est gravé "Je suis une calamité"... Quel bonheur. Fut-il bon de craner ce jour-là! Est-il nécessaire de préciser que Curlee Wurlee a un secret?... (Un petit scooter-boy de Düsseldorf a fini par me trouver "A bride abattue" en Belgique mais il y a malheureusement un trou (oui, un énorme trou) sur l'intégralité de
"Toutes les Nuits" - et par conséquent sur "Malhabile".)
- Entre votre reprise de "Je suis une calamité", votre chanson "(tu es une) Pestoonette" et le titre de votre album "She's a pest", il y a comme un concept - ou bien c'est moi qui me fais encore des nuds au cerveau ?
En effet, « She's a Pest » est une sorte de concept-album sur les emmerdeuses. Non. Ce n'est pas vrai. En fait, mes amis parisiens ont baptisé ma meilleure amie française et moi-même les Pestoonettes car nous sommes petites et insupportables, d'où le titre du morceau. Il est certain qu'avec l'ajout de "Je suis une calamité", ça donne un peu dans le leitmotiv. Mais nous n'aimons Wagner qu'avec modération et c'est notre ancien guitariste Lutz (des Cheeks et mailorder-boss de Soundflat) qui a eu l'idée d'intituler l'album ainsi, d'après un super morceau des Insects. Il ajouta : « C'est vraiment le titre idéal pour toi ». Je ne sais pas pourquoi...
- Vous aviez remarqué que vous avez enregistré votre album 35 ans, jour pour jour, après la session où les Who ont enregistré "My Generation" et "The Kids Are Alright" ? Non ? Ben je vous le dis.
Oui, bien sûr. Nous sommes tous très superstitieux et réservons toujours le studio en fonction d'événements majeurs. Nous enregistrons d'ailleurs notre prochain EP (pour un label français) le 24 décembre car nous croyons aussi au Père Noël... Merci de nous apprendre cela. Nous allons pouvoir raconter ça dans les prochaines interviews...
- Quand on relit la presse de l'époque, on voit que Les Calamités ont dû faire face à une invraisemblable misogynie ordinaire de la part du monde du rock. Est-ce que c'est encore le cas maintenant qu'il y a des groupes de filles un peu partout ?
Que veux-tu dire exactement ? En ce qui concerne la misogynie, elle est intolérable mais il semble qu'elle ne soit pas uniquement propre au monde du rock. Néanmoins, il est vrai que rares sont les filles qui savent se servir d'un instrument de musique. Mais il y en a. Il existe certes toujours des imbéciles qui disent « à poil »
quand ils voient des filles sur scène et c'est insupportable. Heureusement, ce phénomène se fait de plus en plus rare, surtout depuis notre génération où les garçons font la cuisine et les filles ont des jobs à responsabilité. Ce genre de réaction est souvent provoqué par le comportement des filles sur scène. Il existe ces groupes de « rock-slags » qui trouvent ça chouette d'être vulgaires comme les garçons.
Ce qui est frappant et charmant chez les Calamités, c'est leur fraîcheur. Elles étaient mignonnes avec leurs petites jupes qui s'arrêtaient juste au-dessous du genou (comme de vraies modettes). Il est possible d'être sexy sans être aguicheur et pour répondre à ta question, on ne te fera aucun mal si tu es un bon groupe et si les critiques ne sont pas trop stupides pour s'arrêter à un tour de hanches. Les Calamités ont eu des difficultés à ce niveau-là ?
Si tu veux tout savoir, Frauke et moi avons fondé Curlee Wurlee car nous sommes de super bonnes amies, ce qui est la chose principale dans un groupe. Nous nous sommes décidées pour deux garçons dans Curlee Wurlee car... tout d'abord, ce fut un hasard. Nous avions chacune de notre coté fait l'expérience des girls-bands: contrairement aux rumeurs, les filles dans les groupes sont souvent source de complications et nous sommes suffisamment sereines pour ne pas avoir besoin d'une quelconque image girly. De plus, et bien que Frauke soit l'auteur du fascicule "The Definition of being a Gentleman", nous ne sommes pas féministes militantes. Et puis les garçons peuvent faire attention à nous, porter les amplis, être charmants... et surtout, ça nous donne une petite image Abba pas détestable (hi hi!)
- Qu'est-ce que ça vous fait d'être le meilleur groupe de l'année 2001 dans la catégorie "Reprise sur disque d'une chanson des Calamités" ?
C'est un sentiment extraordinaire que nous ne pouvons que recommander à chacun.
- On peut espérer vous voir et vous entendre bientôt en dehors de Rhénanie-Westphalie ?
Si tu désires nous faire revenir en France, n'hésite pas à nous contacter. Nous avons joué à Bourges cet été et rêvons de retourner dans ce beau pays où notre guitariste Michael a eu la joie de découvrir la sensualité gauloise. Pascal, le label-boss d'Uncontrolled Pussy Records, nous a contactés récemment et il se pourrait que nous venions de nouveau faire un tour chez vous courant 2002. Sinon, nous jouons de temps en temps en Hollande et allons d'ailleurs bientôt régner sur le monde (vieille tradition teutonne.)
- Pour finir, que voulez-vous dire aux visiteurs de www.calamiteux.com ?
Continuez à écouter de la bonne guitar-music (avec de l'orgue!), à acheter les rééditions des Calamités, les nouveautés de Curlee Wurlee et surtout : Stay Frenglish ! En fait non : Stay okay and do what you like !
Hem...